Renforcement du mix énergétique : ENDA ENERGIE invite l’État du Sénégal à ne pas commettre les erreurs du Gabon

Le Directeur Exécutif d’Enda Energie, Sécou Sarr, a profité de l’interview accordée à VivAfrik pour appeler le gouvernement du Sénégal à voir «comment renforcer le mix énergétique» afin d’éviter les erreurs commises par le Gabon dans la mise en œuvre de sa politique énergétique.

Evoquant les leviers de la ligne d’action de son Ong, avec un focus les changements climatiques et la transition énergétique en Afrique, M. Sarr a invité le Sénégal a bien réfléchir sur le renforcement de son mix énergétique afin d’éviter les erreurs commises par le Gabon.

QUELLES SONT VOS STRATÉGIES EN MATIÈRE DE RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE ?

Aujourd’hui, en matière de résilience de manière globale, nous avons un certain nombre d’instruments d’intervention. Le premier est le partenariat public privé à vocation communautaire. A ce niveau, du point de vue intervention, c’est d’abord la recherche, l’observation, la formation et l’incubation. Qui dit incubation parle d’accompagnement. Ainsi, nous essayons d’observer les porteurs de dynamiques de transformation avec lesquels nous travaillons par rapport à leur environnement d’intervention immédiat, leurs perspectives afin de voir s’il y a besoin de renforcement de capacités de ces acteurs mais aussi les accompagner dans la mise en œuvre de leurs activités après la formation. Pour être précis, en matière de stratégie d’intervention, nous travaillons sur beaucoup de modèles économiques. Sur le plan énergétique, le modèle économique mis en place est un modèle qui cherche à valoriser le triptyque : énergie, eau et agriculture. C’est donc une approche chaine de valeur. Ici, il s’agit répondre à la question «omment promouvoir l’accès aux énergies renouvelables pour des usages productifs ?»

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Ce qu’il faut comprendre, c’est que, quand Enda parle d’énergies, il y a deux sens en termes d’application : des usages productifs pour créer des entreprises et de la valeur ajoutée au niveau du Sénégal et des usages sociaux c’est-à-dire l’énergie utilisée pour l’éclairage, les écoles, les postes de santé, etc. A côté de cette énergie sociale, Enda met en place des approches qui puissent permettre d’articuler énergie – eau et agriculture pour renforcer la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Au même moment, au niveau du Sénégal et dans d’autres pays, nous nous sommes rendus compte que, dans chaque collectivité territoriale ou un groupe de collectivités territoriales, il y a une ou des chaines de valeur qui sont à mesure de constituer les bases pour le développement de l’économie locale mais faute d’accès à l’énergie, ces chaines de valeurs ne sont pas valorisées au maximum. C’est d’ailleurs ça qui nous a poussés à lancer l’initiative SESAN (Souveraineté énergétique pour la souveraineté alimentaire). Nous savons que les infrastructures ne suffisent pas c’est pourquoi nous abordons la résilience par le biais de la sensibilisation des citoyens afin d’ils épousent des comportements d’écocitoyenneté.

QUEL REGARD PORTEZ-VOUS SUR LA POLITIQUE ÉNERGÉTIQUE NOTAMMENT LE MIX ÉNERGÉTIQUE AU SÉNÉGAL ?

Au Sénégal comme dans la majeure partie des pays d’Afrique, les politiques climatiques avec les engagements des pays à travers les Contributions déterminées au niveau national (CDN), se sont engagés à réduire leurs émissions de Gaz à effet de serre. Dans la CDN, il y a deux composantes : la composante adaptation mais aussi la composante visant à permettre au Sénégal de réduire ses émissions pour contribuer à la réduction globale des émissions de Gaz à effet de serre qui sont à l’origine des changements climatiques. Quand on analyse la Contribution déterminée au niveau national, on considère que le secteur de l’énergie fait partie des secteurs les plus pollueurs parce que, c’est à base d’énergies fossiles. Non seulement, il y a un effet pervers sur les aspects environnementaux en termes de Gaz à effet de serre mais aussi en termes de balance de payement.

Dans la mise en œuvre de la politique climatique sénégalais à travers la CDN, le gouvernement du Sénégal est obligé de voir comment renforcer le mix énergétique. C’est–à-dire, on a de l’énergie fossile pour la production de l’électricité mais progressivement, on assaye de mettre en place des centrales solaires ou des parcs éoliens pour produire l’énergie verte. C’est cette énergie propre qui permet de renforcer le mix énergétique. Il est vrai qu’on ne peut pas décider d’abandonner les énergies fossiles tout de suite surtout que le Sénégal deviendra bientôt un pays producteur de pétrole et de gaz. Il s’agira de voir comment cette exploitation pétrolière pourrait permettre le déploiement des énergies renouvelables. Cette possibilité permettra au Sénégal d’éviter ce qui est arrivé au Gabon, un pays qui a longtemps travaillé dans l’exploitation du pétrole sans penser à une énergie alternative. Aujourd’hui, avec la menace d’épuisement, le Gabon se trouve, sur le plan économique, dans une situation très difficile.

En outre, en tant qu’organisation de la société civile, Enda Energie défend un autre aspect à savoir la négociation des contrats en matière d’équité pour l’accès à l’énergie. Avec la politique climatique, le pays se lance dans le développement des centrales photovoltaïques, solaires ou parcs éoliens pour faire de l’injection de la production dans le réseau national. Les collectivités délibèrent plusieurs hectares de terre mais la production de l’électricité de leur zone ne leur profite pas directement parce qu’elle est injectée dans le réseau de la Société nationale d’électricité (SENELEC). Cela pose problème dans un pays où on parle d’équité en matière d’accès à l’énergie. C’est bon de promouvoir le contenu local dans le cadre de la production du pétrole et du gaz mais ce contenu local doit s’appliquer dans le déploiement des centrales solaires pour permettre aux collectivités territoriales qui délibèrent des terres afin de produire l’énergie verte de pouvoir profiter de l’exploitation de leur énergie.

Le paradoxe est que l’Etat nous vend notre énergie, celle produite sur nos propres terres, en décidant de l’injecter dans le réseau national. En définitive, nous travaillons sur ce plaidoyer avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour voir comment accompagner les collectivités dans la négociation des contrats.

Propos recueillis par
Moctar FICOU (VivAfrik)

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