Fatick : 5 policiers vers la prison après avoir été incriminés dans la mort d’un conducteur de moto Jakarta

Interpellé le 10 février 2020 par des éléments de la police de Fatick, le jeune Lamine Koïta n’a plus revu ses parents et amis depuis ce jour. En effet, le fatickois y a laissé la vie après une séance interrogatoire. À ce sujet, les prévenus ont comparu ce jeudi 1er avril 2021 devant la Chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Fatick. Le délibéré sera prononcé le 6 mai prochain. Le parquet, dans son réquisitoire, demande une sanction de 2 ans de prison dont 3 mois ferme.

Poursuivis pour coups mortels et abus d’autorité, les policiers incriminés dans cette affaire de meurtre risquent de passer un séjour derrière la barreaux. Ils encourent une peine d’emprisonnement ferme si, bien sûr, le Tribunal suit le procureur de la République qui, dans son réquisitoire, a requis contre eux une peine de 2 ans dont 3 mois ferme, en se fondant essentiellement sur le fait que ce sont les violences qu’ils ont exercées sur la personne de Lamine Koïta qui ont été à l’origine de sa mort.
Placés sous contrôle judiciaire, les hommes du commissaire Mohamed Sidibé sont revenus sur les faits.

À la barre, ils ont même essayé de tromper la vigilance des magistrats. À cet effet, après avoir écouté Djibril Dabo dit Petit, appréhendé en même temps que Lamine Koïta, sur les faits, sur demande du président du Tribunal, les prévenus ont catégoriquement nié les avoir transportés jusqu’à la plage de Malango pour les tabasser. «Après les avoir appréhendés, nous leur avons passé les menottes avant de les palper. Mais puisque nous n’avons pas trouvé du chanvre indien sur eux, nous les avons par la suite libérés et sommes retournés au commissariat sur instruction du commissaire à qui nous avions pris le soin de rendre compte. Nous ne les avons jamais conduits à la plage et ne savons pas non plus comment ils se sont retrouvés là-bas à cette heure», a soutenu Sidy Mohamed Sidibé qui a dirigé l’opération. En chœur, ses collègues ont entonné la même chanson sous les sanglots de Mme Aïda Seck, mère de Lamine Koïta, qui avait visiblement du mal à supporter que l’on ressasse le film des événements qui ont conduit à la mort de son fils bien aimé. Mais le témoignage de Cheikh Tidiane Diop, conducteur de taxi de son état, ne laisse pas de place au doute quant à la présence desdits policiers sur la plage qui fait face au Centre Malango le jour des faits. «Ce jour, j’étais dans mon véhicule, devant le portail du Centre Malango, attendant un client qui était venu consulter un guérisseur. Quelque temps après, j’ai vu un véhicule noir se garer sur la plage avec à son bord sept personnes parmi lesquelles j’ai reconnu Petit (Djibril Dabo), Lamine Koïta et ce monsieur-là (Sidy Mohamed Sidibé). J’ai vu les cinq autres entraîner Lamine Koïta et Petit dans le bâtiment abandonné qui se trouve à côté. Ils leur donnaient des coups et de là où je me trouvais, j’entendais leurs cris de détresse. Après les avoir bien tabassés, j’ai même entendu quelqu’un d’entre eux demander à ses collègues de partir et les (Lamine Koïta et Petit) laisser sur place», a laissé entendre le principal témoin dans cette affaire.
Sans doute agacé par les dénégations systématiques des prévenus malgré la concordance des différents témoignages, le président du Tribunal, Seyni Bodian, n’a pu s’empêcher de leur demander d’avoir le courage de dire la vérité. Abondant dans le même sens, le conseil de la partie civile, Me Bassirou Sakho, a, lors de sa plaidoirie, dit être choqué par la capacité des prévenus à mentir devant la barre. Et après s’être fortement offusqué du fait que ce sont ceux qui sont censés assurer la sécurité des populations qui sont souvent à l’origine de la mort de certains citoyens, Me Sakho a demandé au Tribunal de bien vouloir condamner les prévenus à la peine maximale prévue par les textes et leur infliger, en guise de dommages et intérêts, une amende de 500 millions de francs à payer solidairement. Une façon, selon lui, de rendre justice aux deux victimes et permettre ainsi à la maman de Lamine Koïta de pouvoir faire le deuil de son fil.

500 millions F de dommages à payer

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L’avocat de la défense s’est, quant à lui, focalisé sur le rapport du commissaire de police de Fatick qui semble disculper ses éléments ainsi que sur le rapport d’autopsie qui fait état de «mort naturelle», pour pouvoir tirer d’affaire ses clients. Cette affaire remonte au lundi 10 février 2020. Aux environs de 12h, les éléments de la Section de recherches du Commissariat urbain de Fatick recevaient un appel anonyme les informant de la présence de jeunes en train de fumer du chanvre indien au niveau de l’arène sise au quartier Mboubane. A l’arrivée des limiers, certains jeunes étaient parvenus à s’échapper, mais Amadou Lamine Koïta et Djibril Dabo ont, eux, eu la malchance d’être appréhendés. Conduits à bord d’un véhicule particulier à la plage de Malango, ces deux jeunes auraient été rudement tabassés par les policiers. Très mal en point et saignant du nez et de la bouche, Lamine Koïta a été ensuite acheminé à l’hôpital régional de Fatick où il décéda quelque temps après. Dans les heures qui ont suivi l’annonce de la mort de Lamino, comme on l’appelait affectueusement, ses camarades conducteurs de vélotaxi étaient descendus dans la rue et avaient mis la cité de Mame Mindiss sens dessus-dessous pour réclamer justice. Surtout que le rapport d’autopsie qui avait conclu à une mort naturelle n’avait convaincu presque personne. Après cinq jours d’émeutes, le procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Fatick, Abdoul Aziz Danfakha, qui tenait à faire éclater la vérité dans cette affaire, avait annoncé l’ouverture d’une information judiciaire, lors d’un point de presse, le 15 février 2020. Le 12 mars 2020, le juge d’instruction chargé de cette affaire avait inculpé les cinq policiers incriminés avant de les placer sous contrôle judiciaire.

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