groupe de rebelles en Afrique.

La face cachée des rébellions en Afrique (par Brahima Traoré)

Contribution

Avant tout, il convient de noter que rébellion, démocratie et Etat de droit sont antinomiques. Autrement dit, là où le principe de la gouvernance étatique repose sur « le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple », là où l’organisation et le fonctionnement de la cité reposent sur la suprématie de la Constitution, il va de soi que tout acte quelconque de rébellion reste formellement prohibé.

C’est à juste titre que les législations pénales des Etats incriminent et criminalisent les actes de rébellion. C’est dire, en termes simples, que les rebelles ne sont ni plus ni moins que de vulgaires criminels devant être poursuivis et traduits devant la justice pénale. Dès lors, on ne saurait admettre, sous aucun prétexte, une rébellion dans un régime démocratique, encore moins sous le règne de l’État de droit.

Partant, tout soutien à la rébellion, en provenance de l’extérieur, de nature directe ou indirecte, de forme militaire, matérielle, logistique, technique ou technologique, doit être tout simplement banni avec la dernière rigueur. Le cas échéant, un tel soutien est assimilable à un acte d’agression, c’est-à-dire un emploi de la force armée contre la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance politique de l’État victime de rébellion.

En considération des rapports indissociables entre assistance étrangère à la rébellion et acte d’agression, la position de la Cour internationale de justice en la matière est en partie critiquable, voire contestable. En effet, selon la Cour, « l’envoi de bandes armées sur le territoire d’un autre Etat peut constituer une agression armée s’il s’agit d’une opération de grande ampleur, mais tel n’est pas le cas d’une simple assistance à des rebelles, ni mêmes des manœuvres militaires, ou l’envoi de fonds ou d’armements à des rebelles » (CIJ, arrêt du 27 juin 1986 dans l’affaire relative aux Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci).

Cette exclusion de l’assistance étrangère à la rébellion du champ d’application de l’agression armée relève d’une interprétation laxiste, qui est d’essence hautement politique des grandes puissances. Car, au regard de la pratique internationale d’aujourd’hui, il est inadmissible de ne retenir qu’une conception interétatique de l’agression, d’autant que les groupes armés rebelles sont manifestement soutenus par des puissances étrangères contre l’État victime de rébellion. De ce fait, c’est tout simplement inacceptable de ne pas assimiler le soutien à la rébellion en tant qu’un acte d’agression.

À la vérité, cette position de la jurisprudence internationale constitue un habillage juridique de l’attitude agressive des grandes puissances au détriment des Etats faibles. En réalité, par le fait que la charte de l’ONU interdit l’agression, c’est-à-dire l’emploi de la force armée par un État contre un autre, les puissances étrangères préfèrent passer par personnes interposées (les groupes rebelles), pour parvenir à déstabiliser les Etats faibles. D’où le fait que les rébellions, notamment en Afrique, sont conçues, préparées, financées, enclenchées et entretenues, de manière indirecte, par les puissances étrangères, avec bien-sûr la complicité des ennemis internes de la nation.

Cette attitude néocolonialiste des puissances étrangères, la France en l’occurrence, s’est notamment vérifiée au Mali en 2012, à travers l’envoi de bandes armées de Libye contre l’intégrité territoriale du Mali. Cette affirmation n’est d’ailleurs pas une révélation, ce n’est qu’un secret de polichinelle ! Elle se vérifie maintenant en Éthiopie, où des groupes armés rebelles, incontestablement soutenus et pilotés par des puissances étrangères, sont sur le point de marcher sur la capitale éthiopienne. Au même moment, un silence radio coupable reste observé à travers le monde, y compris par l’Union africaine, dont le siège social est en Éthiopie.

Rappelons, de manière opportune, que la même situation s’est pratiquement déroulée au Mali, où au départ les Etats voisins, la sous-région, l’UA et l’ONU ont tous observé une attitude distante, avant d’intervenir finalement lorsque la situation s’est empirée. C’est bien l’intervention du médecin quand le pronostic vital du malade est en jeu ! Conséquences, le conflit malien s’est exporté. Si les leçons du passé méritent de nourrir la postérité, le cas malien devrait servir d’expérience pour toute l’Afrique, notamment à l’égard de la remise en cause actuelle de la survie de l’État éthiopien.

En définitive, l’inaction des institutions africaines de maintien de paix et de sécurité face à la situation actuelle en Éthiopie est plus que jamais préoccupante et sidérante, d’autant plus que les rébellions actuelles constituent une nouvelle forme de guerre d’exploitation et de domination, dont la solution réside dans la nécessaire solidarité africaine.

TRAORÉ Brahima,
étudiant à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, natif de Thienkoungo (Mali)

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