Brahima TRAORÉ, Mali.

Le peuple malien : victime d’une idéologie politico-religieuse

Contribution

« Quand l’hyène se mue en mouton et, de surcroît, adopte une attitude malveillamment docile, la bergerie se trouve, aussi bien inéluctablement que désespérément, jetée dans la gueule du loup ». Telle est, de manière métaphorique, la pure réalité qui existe malheureusement entre le peuple malien et l’élite politico-religieuse de ce pays. Une réalité, avouons-le dès l’abord, qui ne saurait être méconnue de personne, y compris les personnes atteintes de l’autisme et/ou de la cécité crépusculaire !

Cependant, le créateur suprême, Dieu, a disposé la nature humaine de telle sorte que : il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que voir, et assez d’obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire. Partant, nous voilà au regret d’affirmer une vérité fatale. Mais il le faut pourtant par nécessité de faire œuvre utile. Le peuple malien, aussi paradoxal que cela puisse paraître, reste condamné sous le joug de l’escroquerie ambiante et triomphante de deux soi-disant élites politico-religieuses, et ce, de manière aussi bien inconsciente que consciente.

Quand on sait qu’une société humaine est toujours propulsée et hissée par la passion de quelques individus (le corps d’élites), par la flamme de leur intelligence, par leur idéal de science, de charité et de bonté ; alors, on reste terriblement suffoqué et consterné par l’attitude des leaders politiques et religieux maliens. Des leaders qui sont, on ne peut plus sûr, aux antipodes de toutes attentes nobles qu’un peuple est en droit d’espérer et de profiter, à l’instar de l’exemplarité, de la responsabilité, de la redevabilité, et j’en passe !
Ils sont, pour la plupart hélas, dans la noyade d’une contradiction stérile, en ce sens qu’il y a un large fossé entre leur dire et leur faire. Ils brillent notamment par leurs langues mielleuses d’une part et leurs actes exploiteurs, déconcertants et déconsolidants d’autre part. Toute chose qui est de nature à effriter le tissu social.

Ainsi, les uns à connotation religieuse ont institué de multiples confessions partisanes un peu partout. Ces dernières, au plan pratique, constituent de véritables entreprises familiales pourvoyeuses de fortune facile. Alors, si la quasi-totalité des leaders confessionnels prêchent au nom de la religion, pour ne pas dire Dieu, ils agissent, in concreto, sataniquement in fine. D’ailleurs, sachant bien que l’unicité demeure un principe sacro-saint de la religion, rien ne saurait justifier de telles ramifications à outrance des croyances confessionnelles, si ce n’est que la résultante de la cupidité et de l’avidité de ces leaders. Ils ont, pour la plupart, fait de l’argent leur Dieu, et le nom de Dieu leur fonds de commerce. Cette déification de la monnaie, dans le milieu religieux, a transformé les fidèles religieux en des sources de revenus au profit de leurs leaders.

Par conséquent, pendant que les premiers sont frappés de plein fouet par la paupérisation de fait, les seconds, aux apparences angéliques, se pavanent dans l’opulence : c’est bien le règne de la loi de contradiction stérile à somme nulle !
Parmi ces leaders, d’aucuns vont même jusqu’à se targuer d’avoir des généalogies arabo-saoudiennes en pleine journée, ou encore se vanter d’avoir étudié chez les arabes. N’est-ce-pas là l’hyène en pleine lueur solaire de midi ? À quoi sert, pour l’humain, de se comporter en chauve-souris? Dieu serait-il plus aimant et clément envers les arabes que les autres ? Bien évidemment, le non l’emporte sur le oui !
Cependant, vu une telle conception de la religion, il en résulte très clairement le constat d’une confusion monumentale entre l’islam (religion révélée) et l’arabité (culture). Vraisemblablement, une telle attitude n’est ni plus ni moins qu’une « africanisation de l’islam », du moins une « malianisation » de celui-ci, notamment par des individus qui vivent sous le couvert religieux.

Pour les autres à connotation politique, ils ont créé, à l’évidence, des partis politiques suivant des perspectives individualistes. Ces derniers constituent, en réalité, de véritables sources d’exploitation et d’accaparement des ressources publiques, c’est-à-dire les maigres ressources des contribuables maliens. Ces leaders s’identifient par leurs casquettes occidentales. Ils brillent notamment par la récitation des théories politiques occidentales, bien que souvent déconnectées des réalités nationales maliennes. C’est ainsi qu’ils se réclament d’idéologies assez pompées, creuses, décharnées et désarçonnées. Ils se disent alors démocrates, libéraux, socialistes ou communistes, écolos, et j’en oublie volontiers.

À vrai dire, on sait que même leurs maîtres, les occidentaux, les méprisent et se moquent éperdument d’eux, et ce, en raison de leur hypocrisie criante et manifeste ! Passés maîtres dans l’art de la vente d’illusions, ils sont désavoués et décriés par les populations, au point que la confiance et la considération, qui devraient normalement leur être dûes, en viennent à s’étioler. Que dire finalement de la parole politicienne au Mali ? Elle est la plus mensongère des paroles qui puissent exister aux yeux de tous, y compris les politiciens eux-mêmes. Et le pire est que, de par l’attitude de ces leaders politiques, on assiste à une occidentalisation de tout et de rien, et un déracinement de l’homme Malien.

En conséquence de tout ce qui précède, le peuple lambda se retrouve aux prises de deux impitoyables prédateurs, qui ne craignent pas Dieu a fortiori les humains. Partant, il se trouve abusivement exploité et asservi par les leaders en question. Les uns brandissent les « introuvables » vertus d’idéologies politiques, tandis que les autres se contentent de prêcher les bonheurs du Paradis et les malheurs de l’enfer, le tout en vue d’assouvir leur cupidité et non pour développer la foi et le bien-être du peuple. Pris entre les deux discours o combien mielleux, le peuple demeure une proie à portée de main !

En définitive, on note avec regret une diminution du calibre intellectuel et moral de ceux qui portent la responsabilité de la direction sociétale. Ce sont surtout la faiblesse intellectuelle et morale des chefs et leur ignorance et cupidité, qui mettent en danger notre société. À retenir que << le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent agir et qui refusent d’intervenir >>.

TRAORÉ Brahima, natif de Tienkoungo, étudiant en droit public à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis.
Bamako le 11-08-2021.

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