Limitation des naissances : Serigne Cheikh Tidiane Sy ibn Al Amine se prononce…

Photo Serigne Cheikh Tidiane Sy ibn Al

La politique de limitation des naissances est une vieille arnaque venue d’Occident

Au détour d’une émission télévisée, le phénomène des inondations a remis sur la table le vieux débat sur l’explosion démographique comme l’une des principales causes à nos problèmes de développement socioéconomique. Cette vieille théorie malthusienne qui voudrait restreindre la natalité pour la rendre conforme au niveau de production des ressources est une arnaque qui ne se justifie ni économiquement ni au plan religieux. Je m’en vais humblement le démontrer.
Historiquement, le succès que la théorie malthusienne a connu au XIXème siècle parmi les classes favorisées était une manière de justifier le fait que les pauvres sont responsables de leur situation et que les venir en aide était contre leurs intérêts. Cette théorie fut combattue par l’Eglise Catholique mais aussi par le marxisme qui y trouvait un moyen d’exacerber les inégalités entre les classes sociales. Au Sénégal, le débat islamique entre jurisconsultes n’est pas encore tranché.
Toutes les théories économiques de résorption de la pauvreté prônées par les Institutions de Bretton Woods vont dans le sens de rendre proportionnelle la croissance de nos économies à notre croissance démographique. Pour parler plus simple, nos économies ne produisent pas assez pour nourrir nos populations et que par conséquent, il faut réduire le nombre de bouches à nourrir.
En se basant sur la trajectoire de tous les pays qui se sont développés, nous pouvons affirmer d’emblée que cette assertion est fausse. En regardant les densités des populations à l’échelle des pays à travers le monde, on se rend compte que l’Union Européenne a une densité deux fois plus élevée que l’Afrique Subsaharienne (112 hab/km² contre 51 avec bien entendu des disparités entre pays). Entre le XVIIIème et le XXème siècle, en plein essor économique, des pays comme l’Allemagne et l’Italie ont multiplié par trois leur population, tandis que le Royaume Uni sextuplait sa population. Jusqu’à ce jour, nos pays taxés de fort taux de natalité peinent à atteindre les 100 habitants /km², le Sénégal et la Cote d’Ivoire ont respectivement une densité de 83 et 79 habitants /km².
En résumé, tous les pays qui ont connu un développement socio-économique, ont eu besoin d’une taille de population optimale leur permettant de soutenir les besoins en main-d’œuvre pour leur agriculture, d’élever le niveau infrastructurel et d’assurer par conséquent une croissance économique durable. Regardons ce qui s’est passé en Amérique du Nord. Le développement économique n’a été possible que grâce à l’apport massif de populations (de gré ou de force) pour assurer un niveau de production agricole élevée aboutissant à l’industrialisation du pays.
Pour reconstruire l’Europe après la seconde Guerre mondiale, le phénomène de baby boom a été d’un grand apport avec la reprise de la forte natalité qui ne s’est estompée qu’au début des années 60. La baisse de la natalité qui s’en est suivie a entrainé les problèmes de pensions de retraite et sécurité sociale que connaissent certains pays d’Europe du fait du vieillissement de la population suite à l’inversion du ratio actifs sur non actifs.
Même la Chine qui malgré sa politique de limitation des naissances a eu besoin de cette population pour relever le défi de la production agricole et industrielle et assumer sa « surpopulation ». Pendant la grande famine de l’Ethiopie en 1984-85, la densité de la population était de 34 hab/km² alors qu’elle est aujourd’hui de 109 habitants au km² avec des taux de croissance frisant les deux chiffres et comptant le plus grand nombre de milliardaires en Afrique.
Les exemples font florès montrant que la croissance économique n’est pas inversement proportionnelle à la croissance de la population. Tout au contraire, pour atteindre un niveau de développement économique à même d’assurer une production suffisante ou excédentaire, il faut atteindre un niveau optimal d’habitants pour assurer la main-d’œuvre suffisante en quantité et en qualité.
A l’image d’une entreprise en croissance qui a besoin de capitaux, de nouveaux marchés et de ressources humaines à même de soutenir son développement, nos pays ont besoin de bras et de têtes pour assurer un niveau de production optimale à même de garantir un niveau de consommation élevé et un marché intérieur solvable.
En réalité, la limitation des naissances n’est qu’une grosse arnaque imposée par les occidentaux dans le rapport de force qui nous lie à eux et qui voudrait que nous restions des économies dépendantes et fragiles car n’ayant pas atteint une taille critique avec un niveau de production suffisant en raison de la faiblesse de nos moyens de production en termes de main-d’œuvre qualifiée ou non et d’infrastructures.
Nous maintenir dans cet état, permettrait à ces pays développés de garantir des débouchés à leur économie en surproduction pendant que notre agriculture se meurt et nos petites industries continueront à importer des intrants (en tant que consommations intermédiaires) pour nourrir leurs producteurs. Ce système a complètement perverti nos économies et déstructurer nos villes et nos villages. Des villages dépeuplés et par conséquent, incapables de produire pour les seules populations rurales et des villes surpeuplées dont le modèle de consommation est complètement orienté vers les marchés européens.
En raison de la faiblesse de notre main-d’œuvre rurale accentuée par l’exode rural, nous n’arrivons pas à créer une économie circulaire basée sur des chaines de valeurs agricoles. Au contraire, nous avons créé une économie urbaine artificielle basée sur un secteur secondaire extraverti car puisant ses intrants à l’extérieur et un secteur tertiaire sans valeur ajoutée caractérisé par une économie informelle tout aussi extravertie.
En vérité, notre secteur industriel est principalement constitué d’usines de conditionnement de produits venus d’ailleurs à l’image du secteur agro-alimentaire (lait, farine, huile, tomates, bouillon, etc.). Le secteur des mines est en majorité entre les mains de multinationales avec des retombées maigres pour nos économies.
Dans ce même élan, le secteur tertiaire formel (banque, assurances) est entre les mains des étrangers pour accompagner leurs multinationales. Quand il est informel, il est entre les mains d’anciens ruraux ayant vidé la campagne pour se consacrer à un commerce improductif et extraverti (importation de produits finis sans création de valeur ajoutée et concurrençant fortement l’artisanat et le paysannat local).
En Réalité, c’est la dénatalité qui est source de sous-développement car renfermant les germes de la propre déstructuration de nos économies. Elle a accentué le déséquilibre entre les villes et les campagnes du fait de l’urbanisation incontrôlée de nos terroirs. Elle a rendu les secteurs jadis productifs (l’agriculture et l’artisanat) en secteurs contreproductifs en les dépouillant de leur main-d’oeuvre. Nos paysans jadis chef d’entreprise ont délaissé les terres faute de main-d’œuvre et autres moyens de production pour devenir des ouvriers d’un secteur industriel extraverti ou chef de micro-entreprises n’ayant pas atteint une taille critique pour assurer leur croissance ou leur reproductibilité. Les quelques exemples de réussite du secteur informel constituent l’arbre qui cache …la grande savane. Nos villes conçues selon le modèle colonial perdent progressivement leur âme avec son lot de désolations qui ont pour nom chômage, bidonvilisation, inondations, etc.
Contrairement aux anticonformistes, je ne suis pas d’avis qu’il faille recréer un nouveau modèle de développement. Ne recréons pas la roue. Sans rester dans la singerie en adoptant des modes de vie et des modèles de production venus d’ailleurs, nous aspirons tous à assouvir nos besoins primaires (nourriture, logement, santé et éducation). Nous avons tous besoin de créer de la richesse au sein de nos entreprises pour jouir des biens que nous avons contribués à créer.
Pour cela, nous n’avons besoin ni de théories économiques classiques, ni de keynésianisme encore moins de néo keynésianisme. Toutes ces théories ont été développées dans des contextes particuliers pour répondre à des questionnements du moment. Il nous faut juste partir sur nos propres valeurs éthiques en utilisation le triptyque Population-Production-Prospérité.
Sans une population à la taille critique, point de production optimale et par conséquent pas de prospérité. Les nations ne se développent que de par leurs peuples en quantité et surtout en qualité. Nos valeurs religieuses nous guident vers la procréation. Dans la Bible, Dieu exhorte Adam et Eve à la fécondité et à la multiplication : « Soyez féconds et multipliez-vous ; remplissez la terre et soumettez-la. Le Prophète PSL nous dit : « Mariez-vous et multipliez-vous car je me prévaudrai de votre grand nombre par rapport à celui des membres des autres communautés le Jour de Résurrection». Il ne s’agit pas d’un débat d’éthique religieuse pour ou contre l’avortement, la limitation ou l’espacement des naissances. C’est juste une question de vie, pas de mort. Il faille juste laisser la nature agir selon sa conscience et pour l’intérêt de l’humanité toute entière par le souffle de Dieu.

Partager