De la souveraineté à la sénégalaise !

La souveraineté telle que définie par Julien Laferriere est considérée comme « la qualité d’un pouvoir de droit, suprême et originaire ».
D’abord c’est un pouvoir de droit. Ce qui revient à affirmer que la souveraineté s’exerce dans un cadre juridique précis, elle se fonde sur une légitimité et n’est pas donc l’émanation d’une force aveugle.
Ensuite c’est un pouvoir suprême. Cette suprématie signifie qu’il n’y a rien au-dessus de ce pouvoir.
Enfin la souveraineté est un pouvoir originaire c’est-à-dire qu’elle « n’est pas délégué par une autre autorité et qu’il est à l’origine des autres pouvoirs internes ».
Partant de cette définition de la souveraineté proposée par Laferrière, l’Etat en tant qu’entité souveraine tant au niveau interne qu’au niveau externe, dispose de ce « pouvoir de droit, suprême et originaire ». Par conséquent, il dispose de toutes les prérogatives découlant de ce pouvoir légal qu’il peut exercer sur toute l’étendue de son territoire.

Cela est un principe qui se justifie surtout en France par le désir des Révolutionnaires de 1789 de rompre le cordon ombilical liant l’exercice du pouvoir étatique au Pouvoir de l’Eglise.
Cette rupture étant faite jadis en France, l’une de ces conséquences logiques a été l’instauration d’un Etat souverain et laïc où le pouvoir temporel est dissocié du pouvoir spirituel.

De ce rappel historique, quelle lecture peut on avoir d’une telle interrogation : quel rapport existe -t-il entre la souveraineté (de l’Etat) et le pouvoir religieux au Sénégal?
Force est de constater que même si juridiquement, l’Etat du Sénégal est d’un point de vue « Laferrien » souverain, le pouvoir religieux néanmoins, dans l’exercice de cette souveraineté, a voix au chapitre.
En d’autres mots, et c’est ce que révèle la pratique, certaines décisions majeures ne sont prises par l’Etat sénégalais qu’après consultation voire approbation de certains guides religieux.
Le contexte actuel est assez révélateur. Face au risque de propagation à grande échelle du virus Covid – 19, l’Etat du Sénégal était appelé à prendre des mesures d’urgences visant l’annulation ou du moins la suspension de tous les rassemblements sur le territoire, surtout les rassemblements religieux notamment le Magal du Kazu Rajab ( Touba) ou le Ziar Général ( Tivaouane) en 2020.
Et comme à l’accoutumée l’Etat n’a su prendre cette décision d’annulation qu’après s’être réuni avec les guides religieux au Palais présidentiel. Au final Les guides religieux sont des citoyens pas si ordinaires que ça dans notre pays!
En somme, Cette réticence répétée de l’Etat à prendre des décisions allant à l’encontre des vouloirs des religieux, mais ayant trait à l’exercice légitime de la souveraineté, nous pousse à nous poser la question suivante: comme ce fut le cas en france avant la Revolution de 1789 où l’Eglise incarnait le pouvoir, l’Etat sénégalais a-t-il actuellement délégué la souveraineté au pouvoir religieux ?

A l’instar de la souveraineté de l’Etat, il est tout aussi important de s’interroger sur les contours de sa légitimité.
Un exemple simple, tiré de faits récents, suffira à mettre la lumière sur cette légitimité étatique.
Il s’agit de « l’affaire-typhon » SONKO/ADJI SARR qui, avait mis le Sénégal sens dessus dessous pendant quelques jours.
L’Etat a cherché en vain à maintenir l’ordre public. La colère du peuple était torrentielle. Les autorités ont appelé au calme, elles ont cherché par tous les moyens à être entendu par un peuple qui fit la sourde oreille. Hélas ! l’anarchie battait déjà son plein.
Les manifestations ne pouvaient plus être interdites, si tant est qu’on daigne les déclarer.
Toutefois, la grande manifestation du 13 mars 2021 sera annulée ou reportée à la demande du Khalif Général des mourides.
La soupape qui est censée être un simple médiateur, a eu apparemment plus de crédibilité que l’Etat.
Le constat est unique: le peuple sénégalais est docile non pas envers l’Etat mais plutôt à l’endroit du religieux.
Un peuple qui abdique devant un chef religieux, et s’obstine à désobéir à l’Etat. Ce peuple est,en fait, dirigé par cette autorité religieuse. Car, il va de soi, que l’Etat est ce qu’il est, parce que les populations lui obéissent.
Dès lors, il va sans dire que, si l’Etat n’a pas perdu silencieusement sa légitimité au profit des autorités religieuses, il est en passe de la perdre.

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En définitive, que faut-il préconiser pour ne pas voir un jour l’État perdre définitivement cette souveraineté ?
Doit on aller vers une refondation de celle-ci en intégrant le pouvoir religieux dans la charte fondamentale?

Par Papa Ousmane Sall ( M2 Droit Public Général SJP/UGB St Louis) , Amadou Seck (M2 Droit des Contentieux Publics, DSP/ Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines (UVSQ) et Moustapha Diouf( M2 Droit de la Décentralisation et Gestion des Collectivités Locales SJP/UGB St Louis)

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