Sénégal crise politique. Drapeau du Sénégal, manifestants Dakar.

Le Sénégal à leurre (Par Diamyl BA)

De nos jours, parler sur la politique n’est pas du tout un exercice facile. Mais il est une question de devoir générationnel à mon égard. Le Sénégal traverse ou traversera bientôt ses jours les plus sombres de son histoire politique. En effet, nous suivons tous l’actualité, celle qui fait brûler plus d’encre et plus de salive, qui est la question lancinante de la troisième candidature du Président Sall. En réalité, les deux camps et blocs se sont dessinés. Chacun d’entre eux a son propre bataillon, ses acolytes, intellectuels, constitutionnalistes, militants, marabouts, musiciens, étudiants, syndicats, journalistes et j’en passe. Autrement dit, toutes les classes de la société sont clivantes et partiales, même les non-alignés idéologiquement ont une position sur la situation actuelle du Sénégal. On dirait que nous n’avions pas un même objectif, qui se trouve être de servir le Sénégal et le hisser au concert des nations les plus compétitives et plus puissantes. Et pourtant, la classe politique peut éviter cette condition au gouffre béant et dangereux.

Cette situation n’augure rien de bon et montre un réel recul démocratique dans la simple mesure où le Sénégal devrait dépasser ces problèmes. Notre pays connaitra bientôt sa 12e élection présidentielle au suffrage universel. Les Sénégalais ont commencé à élire leur président depuis 1963, cela fait de nous un pays aguerri en matière de culture démocratique. D’autres ne le croiront pas, mais la France a organisé sa première élection présidentielle au suffrage universel direct en 1965 requérant la majorité absolue des suffrages exprimés. Pour ainsi dire que nous devons dépasser ces questions qui datent de la période embryonnaire de la politique sénégalaise. Cela fut possible à l’époque grâce à un consensus national, bien que le contexte soit différent, mais la politique est une question d’élégance, chose à laquelle est dépourvue cette génération actuelle qui perd ces repères et oublie les valeurs principales qui doivent être l’armure d’un homme politique.

La crise des institutions, surtout celle de la justice, inquiète de nombreuses personnes, je dirais toute personne avertie et consciente. Nous sommes contemporains des faits qui découlent de la rupture de confiance entre le peuple et l’appareil de la justice. Il suffit de faire un petit voyage dans la sous-région, vous verrez que rien ne pourra garantir la paix sans un contrat social bâti dans le fer. Les institutions restent la seule barrière entre nous et la jungle, car il y a un petit pas entre le monde humain et celle de l’état de nature, elles nous permettent de tenir nos pulsions en bride. Nous avons le devoir de protéger nos institutions parce qu’elles sont les prunelles de nos yeux. Ne pas les respecter, c’est se jeter dans la violence sans merci. La candidature du président actuel du Sénégal pour l’élection présidentielle de 2024 s’inscrira dans cette dynamique. Tout laisse à croire qu’il envisage de se présenter en 2024, il n’y a pas longtemps, il a envoyé ses jeunes pour tâter le terrain devant le grand théâtre de Dakar. En revanche, ils oublient que le troisième mandat n’est pas inscrit dans l’ADN du peuple sénégalais. Macky lui-même n’était pas le choix du peuple sénégalais en 2012, mais face à la troisième candidature de Maitre Wade, les citoyens ont voté contre Wade. C’est dans ce contexte que Macky est élu au second tour. Vouloir nous ramener une décennie en arrière serait un vrai coup à la démocratie sénégalaise. En même temps, il jettera de l’huile dans un fagot de pailles déjà établi par plusieurs crises.

Au-delà de la crise institutionnelle, la crise politique est la plus inquiétante. Le débat politique se limite à des déballages, insultes, accusations et de l’intimidation. Le débat d’idées s’éloigne et on s’approche inconsciemment de l’ignorance. On regarde souvent des émissions dans lesquelles les politiques ou dirais-je des apprentis politiques s’envoyer des affronts avec la complicité d’une presse aujourd’hui arbitre des inélégances. La presse fait partir des acteurs qui édulcorent la bassesse de la profondeur du débat politique. Parfois, on se demande d’où viennent certains journalistes. L’intimidation est également élevée en démonstration politique, pas pour être compris, mais pour dicter un terrorisme d’opinion de la pensée unique. Ne pas être du même avis avec un politicien peut exposer quiconque à une forte violence sous toute sa forme venant de ses acolytes. Aujourd’hui, le leader d’un parti politique est idolâtré, vénéré comme un prophète, le terme militant disparait au profil du terme disciple. Cet état de fait ne favorise nullement la réflexion, car la contradiction et la critique ne peuvent pas provenir d’un « talibé ». Au regard de cette situation, la liberté d’expression est fortement en recul au Sénégal et cela promeut un climat de terreur.                                                          

La vérité est que faire de la politique au Sénégal ne donne aucunement envie à la jeune génération. Le peuple n’a plus confiance en ses dirigeants. Il suffit de voir le taux d’abstention à 33,73 % à la dernière élection de 2019. Malheureusement, nous manquons d’entreprises de sondage pour faire des enquêtes afin de déterminer le niveau de confiance envers les élus, comme Civipof en France. La future génération consciente a une lourde tâche de réconcilier les deux partis, car le fossé est très grand. Nous nous armerons d’idées nouvelles et servirons notre nation sans calcul politique. Nous rendrons la politique sa vraie vocation. On sera une génération qui respectera les institutions qui font du Sénégal un vrai État de droit.

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